
Tu as préparé le matériel bioptique ?
Je n’ai que deux mains. Laisse-moi une demi-heure et je termine.
Fiche-lui un peu la paix. Tu en profites car c’est la dernière arrivée.
Et alors ? Au début, c’est toujours comme ça. On y est tous passés, elle aussi.
Ce n’est pas parce qu’elle a fait des études brillantes et brûlé les étapes en étant admise au sein de l’équipe du professeur Marceau, qu’on doit la traiter avec des gants blancs.
Je n’ai pas demandé de favoritisme, je fais l’impossible dans des temps record mais pour les miracles, je m’exerce encore.
Christine, vite, Il te demande.
Tu as pâli ! Où est passée ta belle assurance ? Est-ce que tu aurais peur du grand patron ?
Il me terrorise. Le seul fait d’entendre prononcer son nom m’angoisse et toi, tu es une belle ordure de rire de moi.
Que veux-tu, on naît méchant, on ne le devient pas. Je te conseille de te dépêcher si tu ne veux pas le mettre encore plus de mauvais poil.
Sois tranquille, il ne te mangera pas, il a déjà déjeuné, ce matin !
C’est toi qui as préparé ces lamelles ?
Oui professeur.
Tu n’as pas honte ? C’est brouillon, approximatif, désordonné...
Oui professeur.
Une seule erreur peut faire rater des années de travail, tu le sais ?
Oui professeur.
Qu’est-ce qui te prend ? Tu ne sais dire que « oui professeur » ?
Je fais... mon possible, professeur...
Ah non, pas de pleurnicheries ! Vous les femmes, chaque fois qu’il y a une discussion, vous pleurez ! Pourquoi ?
Je ne sais pas.
Si tu veux t’en sortir dans ce milieu, il faut sortir tes griffes. Punch, détermination... il ne faut avoir peur de rien. Pour toi, ce doit être une sorte de mission.
On fait la queue devant la porte pour faire partie de mon équipe. J’en aurais pour deux minutes à te remplacer par quelqu’un de meilleur que toi. J’ai été clair ?
Oui professeur.
Monstre ! Sans une once de compréhension et moi je suis une masochiste !
Non, Christine, c’est un véritable génie et, ce qui est pire, c’est qu’il le sait ! Voilà pourquoi on doit supporter ses élans de colère. Tiens bon.
Qu’est-ce qui se passe ? Tu es en train de m’encourager ? !
J’aboie, j’aboie mais je ne mords pas. J’aime bien te taquiner et je t’envie peut-être aussi car tu es comme lui !
Comment ? !
Tu as aussi du talent à revendre. Tu n’es pas encore un génie mais tu es sur la bonne voie.
En très peu de temps, tu as fait des progrès incroyables, moi j’y ai mis des années. Tu es faite pour la recherche.
On est sur le point de faire une découverte digne du Nobel. Les résultats obtenus sont impressionnants, le but n’est pas loin et tu voudrais tout plaquer alors qu’on approche du sommet de la gloire ? !
Essaie de dire ça au patron. Il me déteste.
Erreur. Plus il te houspille, plus cela veut dire que tu lui plais. Je sais que c’est un peu biscornu mais il est vraiment formidable.
S’il ne t’estimait pas il t’aurait renvoyée depuis longtemps. Crois-moi, j’en ai vus, des assistants se volatiliser à la vitesse grand V.
Bon, ôtons-nous de là, car si jamais il se pointe et nous trouve à bavarder, minimum il fait de nous des cobayes !
On peut partir la conscience tranquille ?
Je crois que oui, professeur. La journée a été rude.
Bons résultats mais...
Enthousiasmants, oui ! Il faudrait peut-être faire un rapport pour le doyen de la faculté.
Ne sois pas trop pressé, Denis. La hâte est mauvaise conseillère.
C’est vous qui voyez, professeur.
Cette nouvelle assistante m’a l’air prometteur.
C’est vrai, même si j’ai dû l’enguirlander pour des lamelles de verre...
Si vous aviez vu les lamelles que je préparais quand j’étais étudiant
Papa ! Tu arrives tard, dis donc !
Et toi, tu n’es pas encore couchée !
Elle a absolument voulu t’attendre...
Tu me raconteras une histoire... ?
Ce soir papa est fatigué. Sois sage et va te coucher.
Mais moi je t’ai attendu...
Je t’en raconte une, moi. J’en sais une très jolie.
Tu avais promis de passer me prendre chez maman.
Je suis un âne, j’ai complètement oublié. Tu me pardonnes ?
Mais oui. Ça a été, au labo ?
Je crois qu’on touche au but, l’antigène...
Ah non, évite moi les détails. En tout cas, je suis contente pour toi.
D’autant plus que si tout va bien, tu cesseras de passer tout ton temps au labo et tu resteras un peu plus avec nous.
Juliette grandit, je ne veux pas qu’elle devienne jeune fille sans te connaître. Elle te voit si peu...
... et quand tu arrives, tu es toujours fatigué. Comme ce soir.
Bien dit. Je suis fatigué et je n’ai pas envie de discuter.